Vers
une lecture historico-critique du Coran
Extraits de : MOUSSALI Antoine (1920-2003),
Interrogations d’un ami des musulmans
(contribution in COLL. sous
la direction d’Annie Laurent, Vivre avec
l’Islam ? Réflexions chrétiennes sur la religion de Mahomet, Paris, éd.
Saint-Paul, 1996 / 3e éd., 1997)

Venu
en France en 1994 comme beaucoup d’Algériens à cause de la guerre civile qui
a ravagé le pays de 1992 à 2002 (ses 120 000 victimes ont touché
quasiment toutes les familles algériennes), Antoine MOUSSALI
nous a laissé diverses études présentant le christianisme et l’islam, par
thèmes ou à travers des récits vécus : — le
présent article qui l’a fait connaître en France — La
croix et le croissant (prix 1998 de l’Académie des Sciences Sociales de Paris), éditions de Paris, 1997 —
Judaïsme,
christianisme, islam, même éditeur, 2000 — Sept
nuits avec un ami musulman, même éditeur, 2001. — Musulmans, Juifs et chrétiens. Au feu de la foi, même éditeur, 2002. Prêtre
lazariste d’origine libanaise, il avait dirigé un collège en Syrie, puis,
invité en Algérie, il y avait été chargé des questions islamiques pour le
Diocèse d’Alger. Il a enseigné l’arabe à l’Université d’Alger de 1980 à 1986,
et a également donné des cours destinés aux enfants, et cela à la télévision
(en tout cas jusqu’à ce que certains s’avisent du fait qu’il s’appelait Antoine et était donc chrétien).
Diverses publications ont émaillé ces années-là : — (en
arabe) Charles de
Foucauld et son message à l’homme d’aujourd’hui, Damas, Bab-Touma, 1970 — (en
arabe) La résurrection et
la libération de l’homme, même éditeur, 1976 — Al-Ghazâlî. Les fondements de la foi, Alger, Centre des
glycines, 1981 — Al-Ghazâlî. Le livre de l’amour de Dieu,
Alger, Enal (éditions nationales algériennes), 1986 —
Al-Ghazâlî.
Le livre de la crainte et de l’espoir,
Alger, Centre des glycines, 1994 |
En France, il a été la voix des
chrétiens d’Orient, spécialement des arabophones, qui ne sont habituellement
guère écoutés. Loin de rêver d’un « islam »
autre, il a contribué concrètement à établir ces liens qu’il appelait le
« dialogue de la vie ». Son espérance reposait sur un fondement
réaliste : comprendre ce que l’autre porte en lui – ce qui le faisait
très largement apprécier et tout simplement aimer. Jusqu’au bout, il se
consacra à ce dialogue dans la vérité, sans faux-semblants ni équivoques,
sachant entendre les difficultés que vivent les musulmans dans leur foi et
aussi écouter les questions qu’ils posent aux chrétiens – des questions
parfois fondamentales. À l’âge de 82 ans le 1er avril 2003, il
s’en est allé rejoindre Celui Qui, pour tous, est la Source de
l’espérance ; lors de ses obsèques, de nombreux amis ont fait le
déplacement depuis l’Algérie. Sa capacité de psalmodier le texte
coranique (à la manière d’un muezzin) a été l’un des atouts aboutissant, dès
1996, à mettre en lumière certaines clefs du texte coranique ; les pages
de l’interview qui suit (p.135-142) en
témoignent. Elles annonçaient des développements ultérieurs, dont l’étude « Le Messie et son prophète » constitue précisément un premier
aboutissement. P.S. : Selon la recherche bibliographique, il faut
compter deux livres supplémentaires, écrits avec le romancier Rachid BOUJEDRA.
En fait, ces deux romans, La prise de
Gibraltar (Paris, Denoël, 1987) et La
pluie (même éditeur), Antoine MOUSSALI a
contribué à les traduire en arabe : par amitié et par reconnaissance,
l’auteur a associé son nom au sien.
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Interrogations d’un ami des musulmans
– extraits –
J. M. : Peut-on éviter que
le dialogue interreligieux tourne autour du Coran ? Car celui-ci est
supposé définir les rapports de ses adeptes avec les autres religions. En fait,
il constitue même le fondement sacré de la foi islamique.
Père Antoine Moussali : Précisément, c’est ce dont je me suis mis à
douter, et j’en doute de plus en plus. Il doit y avoir quelque chose de plus
fondamental que le Coran. Comme tout le monde, j’ai longtemps pensé qu’il était
une source sérieuse pour la connaissance de l’Islam. Aujourd’hui, je serais
nettement moins affirmatif.
Prenez par
exemple le passage coranique que j’ai cité tout à l’heure, extrait de la
sourate 5. Comment se fait-il que dans une même sourate, d’un côté on encourage
les croyants à se faire des amis
parmi les chrétiens (v. 82) et que, de l’autre, on mette en garde ces mêmes
croyants de lier amitié avec ces mêmes chrétiens (v.51) ? Quand on est
face à une contradiction, il faut toujours en chercher l’origine, le fondement.
Là, c’est le chant du texte coranique
qui fournit la solution du problème. Lorsqu’on psalmodie le verset 51, on se
rend compte immédiatement que la mention des « chrétiens » (wa-n-naçara, et les « naçara ») vient rompre complètement le rythme du
phrasé. Il s’agit d’un ajout pur et simple, le texte primitif se contentant de
signaler les juifs (al-yahoûda) : “Ne
vous faites pas d’amis parmi les juifs”, sans plus. Cet ajout n’est certes pas
un cas unique ; simplement, il est bien visible.
De manière
générale, comment ne pas rester pensif face à la décision du calife Othman
(644-654 ou 656) d’élaborer un texte coranique officiel qui devait supplanter
tous les autres textes répandus parmi les premiers groupes musulmans ? Et
comment ne pas se poser des questions lorsqu’on apprend que les manuscrits les
plus anciens du Coran seraient ceux du musée de Topkapi à Istanboul, datés à
partir du IXe siècle seulement, soit
deux siècles après Mahomet ?
Tout cela
m’incite à penser que le Coran tel que nous le connaissons aujourd’hui n’est
pas une source sérieuse pour la connaissance de l’Islam, c’est-à-dire que
l’Islam lui est fondamentalement antérieur. Dans son livre Les Arabes n’ont jamais envahi l’Espagne[1], Ignatio Olagüe montre
d’abord que les « envahisseurs » de l’Espagne furent essentiellement
des Maures, c’est-à-dire une peuplade africaine sémite - donc sans rapport à
l’époque avec les Arabes, auxquels se sont joints... certains autochtones
européens. Eh bien, tous ces fameux envahisseurs ne connaissaient pas le Coran
- indépendamment du fait qu’il était écrit dans une langue étrangère pour eux,
et cela même au-delà du VIIIe siècle.
De plus, ils ne semblaient même pas avoir entendu parler de Mahomet. Pourtant,
ces porteurs d’une idéologie religieuse nouvelle étaient indubitablement des
musulmans !
Voyez-vous,
chercher à comprendre l’Islam, donc à dialoguer, à partir du Coran, m’apparaît
de plus en plus comme un cercle herméneutique ou, si vous voulez, comme une
impasse. L’authenticité du Coran, en effet, nous est affirmée par les
interprétateurs et les commentateurs du IXe
siècle. Or, ce sont précisément ces commentateurs qui ont mis la dernière main
au texte définitif du Coran. Comment ne pas se poser des questions quand on
pense que les signes diacritiques n’ont été ajoutés au texte qu’à partir du Xe siècle, surtout quand on sait que le
sens d’un mot change radicalement selon que l’on affecte la consonne d’un a, d’un u ou d’un i ?
J.M.: Pouvons-nous revenir un instant à l’exemple
que vous avez tiré de la sourate 5 ? Si la mention « et les naçara » constitue un ajout, il faut
penser qu’au contraire, ces naçara – terme qu’on traduit toujours
par chrétiens – étaient considérés
comme des amis et des alliés des musulmans, du moins à l’origine. Au
reste, divers autres passages le font penser, tels les versets 69 et 82 de la
même sourate 5, ou dans la sourate 22, le verset 17 : “Ceux qui ont cru sont
les juifs, les naçara, les sabéens”,
etc.
Or, en de nombreux autres versets, on
trouve une condamnation virulente ou même sarcastique de la foi chrétienne et
de sa doctrine trinitaire : ses adeptes sont considérés comme des ennemis. Une
conclusion s’impose alors : ceux que le texte
coranique désignait par le terme naçara
ne pouvaient pas être les chrétiens.
Il devait donc s’agir d’un autre groupe. J’ai vu qu’Hamidullah lui-même,
traducteur d’une édition bien connue d’un Coran bilingue, refuse plusieurs fois
de rendre « naçara » par « Chrétiens », notamment en 5,82. Il
écrit : “« Nazaréens »,
terme désignant une secte judéo-chrétienne”[2].
Cela change tout !
P.A.M.: C’est
ce que je vous disais à l’instant : le texte coranique a certainement été
repris, remanié, manipulé à plusieurs reprises. Prenons un autre exemple, un
peu plus complexe.
Dans la
sourate 2, verset 111, on peut lire selon toutes les traductions : “Ils
[c’est-à-dire les détenteurs de
l’Ecriture mentionnés deux versets plus haut] ont dit : N’entreront au
Paradis que les juifs ou [les] naçara”. Remarquez tout d’abord que le mot Yahoûda, Juifs, que l’on avait rencontré dans l’exemple précédent ne se
retrouve pas ici ; à sa place, il y a le nom collectif Hoûd, que l’on traduit par les juifs. On va y revenir. Comme
précédemment, la psalmodie fait ressortir indubitablement un ajout bien
visible, ‘aw naçara, sans article – hoûd
n’en a pas non plus. Originellement, la phrase disait donc : « N’entreront au
Paradis que hoûd », nom collectif qui
n’a de sens que s’il désigne génériquement ceux qui font partie de l’ensemble
ethnique juif, à savoir les juifs (al-Yahoûda)
et les « judéo-chrétiens »
(ou naçara). C’est bien ce qu’on peut
lire au verset 66 de la sourate 5, par exemple : “Parmi eux (les juifs), il y a
une communauté (oumma) qui va sans dévier”, ainsi que Blachère le fait remarquer en
note[3]. D’ailleurs, ajouter « ou [les] naçara » au collectif « hoûd » n’aurait eu aucun sens à
l’origine – c’eût été comme si nous disions : « les Européens ou les Français ». C’est un ajout
tardif.
[Deux versets après le verset 111 (sourate 2), l’insertion,
plus longue, est quasiment du même type ; on y trouve le même genre
d’ambiguïté :
“Les Yahûd disent : les Naçârâ ne tiennent sur rien, et les Naçârâ disent : les Yahûd
ne tiennent sur rien, alors qu’ils récitent le Livre. De même…” (sourate
2,113).
Qui récite le Livre, les yahûd ou les naçârâ ?
Il est absurde que le texte coranique semble dire que les chrétiens récitent le livre – c’est pourquoi Hamidullah se sent
obligé là de rendre deux fois naçârâ
par Nazaréens ! Sans la partie
en italiques, qui crée une fausse symétrie, le verset redevient limpide :
“Les Yahûd disent : Les Naçârâ ne tiennent sur rien, alors qu’ils récitent le Livre. De même,
ceux qui ne savent rien tiennent un langage semblable au leur” (sourate 2,113).
Le texte primitif
présentait bien une symétrie, mais, comme on le voit, entre d’une part les Yahûd qui accusent les Naçârâ d’être dans l’erreur, et
d’autre part “ceux qui ne savent rien” et qui accusent également les Naçârâ d’être dans l’erreur.
“Ceux qui ne savent rien”, c’est une manière de désigner les chrétiens - selon
le Coran, la vérité est du côté des Naçârâ,
qui savent d’ailleurs très bien ce que les autres pensent d’eux. De fait, on
sait que,] dans les premiers siècles, les Pères de l’Eglise n’ont pas
manqué de fustiger autant les « erreurs des juifs » que celles des « judéo-chrétiens »,
et plus encore ces dernières que les premières si l’on en croit le livre de
Denise Judant, Judaïsme et christianisme[4].
J.M.: Le groupe de “ceux qui ne savent rien”, mentionnés également dans la sourate 9 au
verset 6, serait proprement celui des Chrétiens, dites-vous. Mais ce n’est pas
là une véritable dénomination. Puisque le terme naçara, à l’origine, ne les désignait pas, comment étaient-ils
appelés dans le Coran ?
P.A.M.: Il y
a, bien sûr, l’appellation roûm, qui
est politico-religieuse puisqu’elle signifie byzantin. Mais il y a
surtout l’appellation très péjorative de mouchrikoûn,
qui signifie « associateurs ».
Présenter
la foi trinitaire comme un associationisme,
c’est-à-dire comme un genre de polythéisme, était en fait une manière de penser
et de parler courante dans le judaïsme rabbinique, et certainement aussi dans
la mouvance "judéo-chrétienne". On
y assimilait caricaturalement les chrétiens aux païens (goïm), puisqu’ils donnent à Dieu des associés (Jésus et l’Esprit) : n’est-ce
pas une manière de polythéisme ? Le Coran ne dit pas autre chose, non sans
ironie souvent - une ironie qui trahit un langage et une origine bien humains.
Là où il est question de mouchrikoûn
(associateurs), ce sont les chrétiens qui sont visés en ordre
principal, et non de supposés polythéistes - devenus très rares à l’époque
parmi les Arabes. Jean de Damas vers 746 et Barthélemy d’Edesse plus tard
encore l’indiquaient très clairement. Dans
son Livre des hérésies, le premier
précisait même : “Ils (les musulmans) nous appellent associateurs parce que, disent-ils, nous introduisons à côté de
Dieu un associé lorsque nous disons
que le Christ est fils de Dieu et Dieu” ; puis, s’adressant fictivement à eux,
il ajoute : “Pourquoi nous injuriez-vous
en nous traitant d’associateurs ?”.
C’est très exactement ce qu’on lit par exemple dans la sourate 4 au verset 48.
Eclairé par
ces données, notre passage de la sourate 2 devient très compréhensible : aux
Arabes dont le christianisme, parfois récent, est hésitant et tenté par le
judaïsme (v.109 et 111), il est dit de n’avoir aucun complexe vis-à-vis de la
judéité : ce qui sauve, ce n’est pas le fait matériel d’être juif ou de le
devenir, c’est la « soumission » à Dieu, quand bien même les détenteurs de l’Ecriture diraient le
contraire. Cette dernière appellation ne désigne aucunement les chrétiens -
selon la pensée juive, ils seraient plutôt des voleurs d’héritage ; les détenteurs légitimes de l’Ecriture sont
l’ensemble des fils d’Israël qui
forment l’hoûd. Parmi ceux-ci se
distinguent les naçara qui croient en
la messianité de Jésus, et ceux qui la refusent (3,45 = 61,14b ; 10,93) ; ces
derniers sont dits avoir « falsifié » l’Ecriture (3,78 ; 4,46 ;
7,162) ou en avoir “dissimulé une partie” (2,85 ; 5,13).
Tout cela
se trouvait déjà dans le verset 105 dont le sens devient évident : ni les “détenteurs de l’Ecriture qui ont mécru
[au Messie], ni les associateurs ne
veulent” du message d’inspiration naçaréenne proposé présentement aux Arabes
chrétiens : pour les premiers, les naçara
(nosrîm en hébreu) constituent une
hérésie digne d’être maudite trois fois par jour lors de la récitation des
dix-huit prières de bénédiction ; et pour les seconds, ces naçara sont également dans l’hérésie - quoiqu’en un sens
diamétralement opposé.
Il semble
bien que nous ayons là une clef capitale pour la lecture du Coran, sans laquelle
des passages aussi clairs que ceux-là resteraient désespérément obscurs. Tous
les problèmes ne sont pas résolus pour autant ; on est encore loin de pouvoir
reconstituer le texte originel, son sens véritable et ses différentes
composantes, à supposer qu’on le puisse jamais. Excusez-moi d’avoir été un peu
technique, mais il le fallait bien.
J.M.: C’est impressionnant. Vous mettez en évidence
une dépendance originelle par rapport à un certain groupe de naçara, tout autant qu’une distanciation
dont le texte témoigne également.
P.A.M.: En
effet. Le texte coranique m’apparaît de plus en plus comme un pur produit d’un
de ces courants « judéo-chrétiens » qui étaient si répandus et
influents dans les siècles ayant précédé l’apparition de l’islam. Mais la
dépendance s’arrête là : l’islam va suivre sa propre route et intégrera même la
plupart de ces sectes.
Il faudrait
relire et travailler conjointement les monographies qui, d’une manière ou d’une
autre, ont éclairé un élément de ce qui, autrement, semblerait un abîme de
mystères. Par exemple Les origines des
légendes musulmanes dans le Coran et les Vies des Prophètes de D. Sidersky[5], les livres que Patricia
Crone et Michaël Cook ont écrit ensemble, tel Hagarism. The Making of the Islamic World[6], ou séparément, en
particulier Meccan trade and the rise of
Islam pour la première[7], et Muhammad pour le
second[8], etc. Au soir de sa vie,
le Cardinal Jean Daniélou lui-même n’hésitait pas à écrire dans l’Encyclopedia Universalis que « certains judéo-chrétiens sont absorbés par
l’Islam qui en est pour une part l’héritier ; d’autres se rallient à
l’orthodoxie de la grande Eglise tout en restant de culture sémitique »
(Art. Judéo-christianisme). Il
faudrait citer encore l’archimandrite Dorra-Haddad qui a écrit principalement en
arabe, le professeur Haddad que j’ai bien connu à Damas, le Dr Roncaglia, le regretté Kurt Hruby,
grand spécialiste du judaïsme rabbinique, et bien d’autres, qui ont contribué à
lever un coin du voile.
Ce voile est considérable et pesant ; c’est pourquoi, sans doute, si peu de ces questions fondamentales affleurent, et, en ce qui me concerne, elles ne me sont venues à l’esprit que très tard.
J.M.: La thèse de la « révélation coranique »
par l’ange Gabriel, destinée à sacraliser le livre de référence, serait donc
assez tardive dans la Tradition islamique. Est-ce en vue de l’accréditer, et
donc d’effacer le « passé judéo-chrétien », que des modifications
systématiques ont été apportées au texte, telles que les ajouts que vous m’avez
montrés ?
P.A.M.: C’est
peut-être plus complexe, car il y a eu des étapes, et des raisons secondaires
ont pu jouer également ; mais vous avez saisi un point capital.
[1] Flammarion, 1969.
[2] À l’origine, le judéo-christianisme n’est pas autre
chose que les premières communautés chrétiennes, exclusivement ou très
majoritairement juives (selon les cas). À partir de l’an 70 et de la fin du Ier siècle, des courants ont dérivé de ce
judéo-christianisme, en reniant ce qui lui est essentiel (à savoir que Jésus
est en sa personne même Sauveur) ;
ces courants sectaires, divers mais toujours anti-judéo-chrétiens, ne peuvent pas être décemment qualifiés de judéo-chrétiens.
[3] Blachère écrit : “Quelle est
la secte judéo-chrétienne ou chrétienne visée ici ?”. Hormis qu’il ne peut
s’agir de chrétiens, la question est
bien posée, et elle se pose même identiquement au verset 121 de la sourate 2
(au verset 120 précédant, la mention wa
la-n-naçara, et les naçara non plus, constitue un ajout également, quoiqu’un
peu moins manifeste ; il perturbe en tout cas le rythme général des vocalises,
psalmodiées quatre par quatre). La même question se pose encore au verset 113
de la sourate 3 où, à propos du même terme oumma,
Blachère se demande à nouveau s’il ne faudrait pas “songer aux chrétiens”.
[4] Cèdre, 1969.
[5] Geuthner, 1933.
[6]
[7]