D’où vient le terme de « sourate » ?
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Tout le monde sait qu’un chapitre du texte coranique
s’appelle une « sourate » (سورۃ).
Mais d’où vient un tel terme ?
Si l’on en croit ce qui s’écrit habituellement en Occident,
son origine serait inconnue. Dans Le
messie et son prophète (tome II p.184-185), un rapprochement était tenté
avec l’hébreu biblique, ce qui n’est pas faux mais reste assez lointain ;
un autre rapprochement paraissait plus évident avec l’hébreu rabbinique šura’
(שׂוּרא) qui peut désigner un paragraphe
ou un commentaire en marge. On se
rapproche de la signification de « écrit »
ou de « chapitre », mais ce n’est pas encore cela.
En revanche, si l’on regarde du côté de l’araméen, les choses
s’éclairent. A priori, beaucoup s’y refusent : selon le discours
islamique, les débuts de l’Islam ne devraient rien au monde culturel araméen et
se situeraient d’ailleurs à l’autre bout de la Péninsule arabique – ce qui
n’empêche pas de dire que Muhammad aurait voyagé souvent vers la
Syrie et y aurait bien connu par exemple le moine Bahîra...
Bref, que trouve-t-on en araméen ? Un mot śirţâ (transposé en
écriture hébraïque : סרטא)
signifie ligne puis surtout écrit [1] !
Il semble d’ailleurs dériver de la vieille racine araméenne śfr,
écrire, qui a donné l’hébreu śôfer (סוֹפר)
celui qui écrit (que l’on retrouve dans le texte coranique en 80,15, safarat,
scribes). Mais dans certaines formes
de l’araméen, le « f »
devient un « w », et l’écrit se dit alors śûrat [2].
Un fois de plus, c’est dans la direction du nord de l’espace
habité par les Arabes d’alors, qu’il fallait chercher un éclairage concernant
les origines [3].
[1] Voir par exemple le Köbert 1956 p.133 qui donne pour
illustration : « les écrits Jacobites ». En règle
générale, à l’araméen ס correspond
l’arabe س (tandis que
le ש correspond à ش ), précise le Köbert.
[2] Il en a d’ailleurs été question le 18 mars dernier dans la
contribution que Christoph Luxenberg a présentée au colloque des études
coraniques à Otzenhausen (Sarre).
[3] L’araméen, langue
parlée et écrite depuis longtemps, semble avoir beaucoup d’autres choses encore
à nous apprendre, en particulier pour la connaissance des premiers siècles de
notre ère. Le même mot araméen ne se retrouverait-il pas dans le terme de
« soutra » qui a
effectivement ce même sens « d’écrit » ?
La
recherche est stimulée par des questions et ce qui apparaît comme des
coïncidences. Plusieurs textes pâlis ou chinois des premiers siècles font état
d’un ensemble de « 42 soutra-s ».
Personne ne peut dire ce que représente le chiffre de quarante-deux. Ne conviendrait-il pas de rapprocher ce chiffre d’un
ensemble peu connu qui existait dans le monde araméen chrétien du 1er siècle, celui de ses écritures
saintes ? Car le mot que nous utilisons pour désigner l’écrit de l’évangile n’existait encore que pour
désigner son contenu, et cela en grec comme en araméen (littéralement : l’Annonce) ; et les
« évangiles » actuels n’existaient d’ailleurs pas encore comme tels.
Aucun terme spécifique ne désignait alors les aide-mémoire ou transcriptions des prédications des douze Apôtres,
qui n’avaient de valeur qu’en référence à l’apprentissage oral, le seul qui fût
normatif. Selon la manière judéo-araméenne de compter, ce qui s’appelle
aujourd’hui « l’Ancien Testament », c’était les trente livres (les « autres écrits » n’étant pas
comptabilisés), à savoir : les cinq livres de la Torah, les Psaumes (=1
livre), les six « grands prophètes » c’est-à-dire Josué qu’on dit
avoir écrit le livre de Josué, Samuel qu’on dit avoir écrit les livres des
Juges et de Samuel, Jérémie qu’on dit avoir écrit les livres des Rois et
« de Jérémie », Isaïe, Ezéchiel et Daniel, et les douze « petits
prophètes » (d’Osée à Malachie), soit au
total : 30. Si l’on y ajoute les douze « Mémoires des Apôtres »
dont parlent Papias et plusieurs traditions orientales, on arrive à 42 textes.
Tous ces « livres » devaient être appelés « écrits » / śirţâ–s dans
l’araméen du tournant de notre ère. À suivre.